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VOIR LE CIRCUIT PATRMONIAL
À l’ombre de l’histoire
Lorsque les résidants
de l’île Perrot quittent l’île
pour vaquer à leurs occupations professionnelles
ou de loisirs, peu savent
que pour franchir le pont Galipeault,
le trajet emprunté passe à proximité d’un
ancien poste de traite de fourrures.
Ce poste, qui ébranla en son temps
l’économie montréalaise, fit la célébrité et
la fortune, de deux Européens alors inconnus mais
qui portaient les noms prédestinés d’Antoine
Lafresnaye de Brucy et François-Marie Perrot.
Ces noms aujourd’hui perdus dans les
répertoires toponymiques ont été ceux
des principaux acteurs dans cette grande fresque qu’a
constituée l’épopée de cette île.
Des débuts de la colonie jusqu’à sa
métamorphose à l’aube du XXIe siècle,
l’insularité de cette terre a permis à ceux
qui y ont séjourné de partager des valeurs
d’autonomie, de courage et d’entraide.
Mais découvrir l’île Perrot,
saisir les dimensions de son passé, de son développement
actuel et futur, ne peut se faire qu’en se mettant
dans la grande perspective de l’univers montréalais; cette
grosse île à l’ouest, comme se plaisait à la
nommer Dollier de Casson, fait partie de cet archipel
qui compte une demi-douzaine d’îles principales
gravitant autour de Montréal.
Créée par les mouvements géologiques
qui ont suivi de retrait des glaciers vers les 10000 ans
avant aujourd’hui et qui ont modelé un relief
offrant peu d’élévation, la région
de Montréal au sortir de l’époque de
la mer de Champlain, s’est révélée
nantie d’un registre hydrographique tout à fait
particulier, notamment par ces grands rapides qui ont fait
de l’île de Montréal un portage obligatoire
vers les grandes mers intérieures du continent américain.
L’île Perrot, au confluent du
fleuve Saint-Laurent et de la rivière des Algonquins
(plus tard, Outaouais), constitua très tôt
un point de transit, une escale avant l’aventure
de la traversée de ces masses d’eaux bouillonnantes
que sont les rapides de Lachine, de Pointe-des-Cascades
et, dans une moindre mesure, de Sainte-Anne-de-Bellevue. Cette
situation particulière fit que cette île a été très
tôt fréquentée.
Quant la découverte
européenne retrouve la préhistoire
Les fouilles archéologiques entreprises
sur le site de la Pointe-du-Moulin depuis 1975 ont commencé à mettre
en lumière les premières occupations humaines.
L’occupation amérindienne de
l’île remonte à plus de 4000 ans et
s’étend sur les périodes de l’Archaïque
Laurentien et du Sylvicole.
À l’époque où les
populations de l’Archaïque Laurentien (entre
6000 et 3000 avant aujourd’hui) s’installent
dans la plaine de Montréal, des traces confirment
leur passage à la Pointe-du-Buisson, à Coteau-du-Lac
et à la Pointe-du-Moulin.
Peuplades nomades constituées de chasseurs
pêcheurs et cueilleurs, ces populations on été suivies
par les groupes de la période du Sylvicole moyen
(entre 2400 et 950 avant aujourd’hui) qui ont laissé nombre
de traces de leurs capacités technologiques reliées à la
céramique et à leur adaptation à une
vie plus sédentaire et fortement reliée aux
activités de pêche et d’habitudes horticoles.
Mais la découverte d’artéfacts
de la période du Sylvicole supérieur (1000 à 1534
après Jésus-Christ), principalement des vases
de céramique à la Pointe-du-Moulin , revêt
un caractère tout à fait spectaculaire et
plein de promesses pour les fouilles à venir car
elle révèle des transformations profondes
des modes de subsistance et d’établissement
reliés principalement à l’adoption
de l’agriculture : « apparition
de demeures de plus en plus volumineuses avec des aires
spécifiques pour entreposer des réserves,
apparition aussi d’un mode de vie villageois… ».
Les fouilles ont permis aux archéologues
de rattacher ces découvertes à deux traditions
culturelles : la culture Owasco (1000 à 1300
après Jésus-Christ) et la culture des Iroquois
du Saint-Laurent (1300 à 1600 après Jésus-Christ).
Ces diverses occupations amérindiennes
qui ont évolué vers une sédentarisation
ne sont pas sans rappeler qu’à cette fréquentation
amérindienne, succédera bientôt celle
de l’Européen qui constatera les qualités
agricoles de ce coin de pays et y apportera une nouvelle
dynamique.
La très sainte Ville-Marie; un
aperçu de la colonisation à Montréal
(1642-1669)
Le projet d’implantation
européen mis de l’avant
par le roi de France pour sa colonie nord-américaine
abordera un nouveau tournant avec l’arrivée,
en 1642 à Montréal, des membres de la « Société des
Messieurs et Dames de Notre-Dame de Montréal
pour la conversion des Sauvages de la Nouvelle-France ».
Jusque-là propriété de
Jean Lauzon, conseiller du roi et directeur des finances,
l’île a été concédée à cette
Société noble et pieuse aux idéaux
centrés sur l’évangélisation
des Amérindiens afin « d’y assembler
un peuple composé de Français et de sauvages
qui seront convertis pour les rendre sédentaires,
les former à cultiver les arts mécaniques
de la terre, les unir sous une même discipline dans
les exercices de la vie chrétienne… ».
Aux yeux de ses fondateurs, Jérôme
le Royer de la Dauversière et Jean-Jacques Olier,
l’île de Montréal se révélait « comme étant
le lieu le plus propre du pays afin d’y établir
une mission et recevoir les sauvages ». Ce
projet, selon certains critiques tels le gouverneur Montmagny, était
si absurde « qu’il ne pouvait mieux se
nommer que la folle entreprise… ». La
Société de Notre-Dame, qui avait donné le
nom de Ville-Marie à son établissement
montréalais, aura pourtant visé cet objectif
pendant vingt ans.
L’indépendance de ses dirigeants
en faisait une colonie dans la colonie, un fief indépendant à l’intérieur
du pays; les buts religieux poursuivis durant une
période de conflits particulièrement ardus
avec la nation iroquoise contribuèrent à en
faire un milieu de vie extrêmement précaire
et mal intégré aux aspirations commerciales
des marchands de fourrures, alors grands ténors
du seul moteur économique profitable de la colonie.
Changement de cap
L’état de délabrement
des finances de cette Société et son préjugé peu
favorables aux activités de traite, convainquirent
le roi, qui cherchait un motif pour contraindre ces irréductibles,
d’en céder la propriété seigneuriale,
en 1663, au Séminaire de Saint-Sulpice et à mettre
enfin cette île sous le même régime
que les autres seigneuries.
Sous la nouvelle administration sulpicienne,
la pieuse Ville-Marie évolua graduellement vers
le statut d’une capitale de l’entrepreneurship
de la fourrure sous des allures évangéliques,
les grands ténors de la fourrure étant aussi
de vigoureux supporteurs de l’œuvre d’évangélisation
sulpicienne. On avait compris que la fréquentation
amérindienne des missions sulpiciennes était
un atout pour le développement des activités
de traite, ces missions étant aussi le rendez-vous
des trafiquants, au grand désespoir des seigneurs
missionnaires.
« Ces colonies ont été fondées
sur une involontaire équivoque : un
projet de troc, en vue d’instaurer un réseau
commercial de pelleteries; et une volonté d’évangéliser
les autochtones. »
Grâce au concours royal, la vie montréalaise
devient moins précaire; Louis XIV envoya en
1665 le régiment de Carignan-Salières qui
réduisit la pression de guerre iroquoise par la
destruction de plusieurs de leurs villages au sud du lac
Ontario.
Pour leur part, les seigneurs sulpiciens
concédèrent des fiefs à des particuliers,
leurs objectifs étant d’assurer une ceinture
de forts aptes à protéger l’île
et leurs missions d’évangélisation
amérindiennes des incursions iroquoises, d’assurer
des relais sûrs aux commerçants et aussi de
consolider l’occupation du territoire.
Les parrains de la fourrure
À cette époque, l’ouest
de l’île de Montréal est le centre opérationnel
de la traite des fourrures. Nombre des fiefs concédés
par les sulpiciens le sont à des individus ayant
des intérêts notoires dans la traite des fourrures
et issus d’un groupe d’entrepreneurs-traiteurs
originaires de Normandie (France).
Ils sont représentés
par les familles Le Moyne et Le Ber qui contrôlent
virtuellement le marché. Charles Le Moyne,
ce marchand-soldat-interprète célèbre,
concessionnaire de la pointe Saint-Charles et père
des fameux frères Le Moyne dont d’Iberville,
est la grande éminence grise.
Sa sœur est mariée à Jacques
Le Ber, autre richissime marchand dont la mère,
une Calelier, serait parente avec ce Robert Cavelier de
La Salle, propriétaire du fief Saint-Sulpice (1667,
Lachine), traiteur de fourrures et découvreur du
Mississipi. Ils ont pour amis et associés
les membres des familles Le Neuf et d’Ailleboust. Charles
d’Ailleboust Desmusseaux (mari d’une Le Gardeur)
de la parenté du gouverneur d’Ailleboust (qui
a remplacé Montmagny au gouvernement général
de la Nouvelle-France) est concessionnaire d’un
fief à l’extrémité ouest de
l’île.
Son voisin, Sidrac DuGué de Boisbriand,
propriétaire du fief Boisbriand (1672, Senneville)
est parent par sa femme Élizabeth Moyen, des Le
Moyne. Le commerçant de pelleteries Claude
Robutel de Saint-André est parrain d’un des
Le Moyne et nous savons que Migeon de Branssat, dont la
fonction de juge sera objet de querelle avec Perrot, fournit
des fourrures à La Salle (1672). Bref une
belle galerie où l’intérêt, l’amitié et
les liens familiaux sont synonymes de fortune. Ces
fiefs seront à l’origine des villes de la
première banlieue de l’île.
Au moment où François-Marie
Perrot fait son entrée, Montréal
est en plein essor et constitue une terre profitable à toutes
les entreprises les plus hardies… Certains
officiers du régiment de Carignan qui demeurent
au pays après le départ du régiment
en 1668 commencent même à faire parler
d’eux par leurs activités illicites de
traite. Retenons les noms de Balthazar de Flotte
de la Freydière, Philippe de Carion du Fresnoy,
Paul de Maurel, Antoine Lafrenaye de Brucy et les deux
Berthé de Chailly, car nous les entendons à nouveau à l’occasion
des nombreux rebondissements de la saga Perrot à Montréal.
La traite est si peu sous contrôle
que la couronne est même obligée d’émettre
en 1669 une ordonnance pour freiner l’exode de la
population vers les territoires autochtones pour y faire
la traite.
Réf : Michel Belisle, La
grosse île à l’ouest, Visages de l’île
Perrot, 1996.
LE CIRCUIT PARTIMONIAL
(cliquez sur les chiffres pour en savoir plus)
Le circuit patrimonial du village de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot a été rendu possible grâce à la collaboration bénévole de :
- Benoit Aumais, recherche, textes et archives
- Lise Chartier, coordination
- Z’Artss, design et montage graphique
Et au soutien financier de MRC Vaudreuil-Soulanges
Et de la Ville de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot

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